ENFANT ILLÉGITIME. Ayant remonté son arbre généalogique jusqu’au XVIe siècle, le généalogiste peut supposer qu’un test ADN est inutile. Il lui permettra de se mettre en relations avec des cousins génétiques récents tout au plus. Or, le test ADN peut s’avérer être une boite de Pandore, et révéler une généalogie bien différente de celle supposée : les enfants illégitimes. Suite à cette interrogation d’un des lecteurs du blog, explications sur l’intérêt d’un test génétique pour un généalogiste.

Début d’une série d’articles sur le sujet, afin d’éclairer les généalogistes sur ce sujet qui peut s’avérer bien plus complexe qu’ils ne l’envisagent. Mais posons le contexte, car avant d’être tombée dans la généalogie génétique, je suis une généalogiste pratiquant depuis plus de 30 ans. J’ai commencé comme tous par les lettres avec enveloppe pré-affranchie aux mairies, puis le nez dans les archives (le CARAN, Aix-En-Provence et la Réunion), puis avec internet, les recherches en ligne, les forums d’entraide, la publication de mon arbre sur Geneanet…

Les recherches généalogiques ont considérablement évolué au fil de ces 30 ans, et les tests ADN y contribuent désormais de façon différente. Raison pour laquelle mon ouvrage est intitulé L’ADN, un outil généalogique.

Pour les généalogistes, plusieurs tests ADN différents existent, permettant de remonter plus particulièrement la lignée patrilinéaire ou matrilinéaire. Le test le plus répandu est le test autosomal, permettant de retrouver ses ancêtres sur les 8 générations précédentes (6 générations sûres, au-delà de façon potentielle).

La généalogie classique, une généalogie déclarative

Vous avez affiché votre arbre généalogique sur votre mur. Vous voici, l’arbre achevé, avec les noms de tous vos ancêtres. Vous disposez même parfois d’informations biographiques précises sur eux, de photographies, de courriers… Sans les avoir rencontrés, vous les connaissez, ils font un peu partie de vous, vous avez leurs gènes.

Et pour les retrouver, vous avez étudié les archives officielles : les actes de naissance, sur lequel le nom des deux parents est déclaré, l’acte de reconnaissance, si l’enfant est né hors mariage, ou un acte de notoriété, si la naissance n’a jamais été déclarée… les généalogistes connaissent bien tous ces papiers régulant l’existence légale d’un individu en France.

Cependant, avez-vous jamais songé qu’il ne s’agissait là que de déclarations ? Et si ces déclarations étaient fausses ? Que ce soit volontairement ou par ignorance…

Les événements non-filiatifs

Vous êtes certain de votre arbre généalogique, vous avez tous les actes le prouvant et attestant. Et pourtant… vous n’y étiez pas, vous n’étiez pas présent lors de ces événements. Une déclaration, une signature auront suffit à établir que votre grand-père est bien votre père de votre père, que votre grand-mère maternelle est bien la mère de votre mère…

Mais en faisant un test génétique, vous pouvez découvrir une vérité tout autre. De nombreux événements peuvent être intervenus, introduisant un ancêtre biologique inconnu de votre généalogie.

Pour lister quelques événements non déclarés sur les actes officiels :

  • un adultère (ponctuel ou une liaison « durable »)
  • une stérilité
  • un viol
  • une adoption cachée
  • un vol d’enfant
  • enfants cachés ou abandonnés
  • demi-frères ou demi-sœurs
  • un échange d’enfant…

L’enfant illégitime

Voici un des événements le plus susceptible d’être révélé par un test génétique. Et en y réfléchissant, en se replongeant dans l’histoire et les relations sociales de l’époque, cela semble presque inévitable à un moment donné dans l’histoire de chaque famille.

Souvenons-nous que les mariages d’amour sont récents.

Le mariage a été le vecteur d’alliances politiques pour les monarques, d’alliances commerciales et de classe, pour les nobles, les bourgeois, les paysans, les artisans… En fait, il s’agissait d’une négociation commerciale. Le paysan voulait agrandir son terrain, et épousait la fille du voisin. La famille allait souvent décider des alliances les plus adéquates aux intérêts familiaux. Souvenez-vous des romans de Guy de Maupassant, d’Honoré de Balzac et tant d’autres.

L’amour était l’apanage des pauvres. Mais ne croyez pas que cela garantit la légitimité des enfants, car l’amour ne durait pas forcément. La violence habituelle, où on éduquait son épouse en la battant, pouvait la mener dans d’autres bras plus réconfortants. La misère pouvait mener les femmes vers la prostitution. Ou tout simplement, l’amour s’il était présent pouvait disparaître ou être remplacé par un autre amour.

Parfois l’amour venait au fil du temps, parfois jamais. A l’époque, pour les plus aisés, les chambres du mari et de la femme étaient séparées, permettant d’alléger le quotidien avec cette relation contrainte des corps dans un mariage forcé.

Et non seulement vous étiez mariés, mais mariés pour la vie, aucune possibilité de séparations et de divorces. Les maris prenaient alors maîtresse, parfois officiellement. Les femmes se montraient généralement plus discrètes, mais ne s’en privaient pas. Alors, comment savoir si l’enfant était celui du mari ou de l’amant ? L’épouse elle-même pouvait ne pas le savoir.

Pas d’avortement possible pour tuer la preuve gênante de l’adultère, il ne restait plus qu’à accepter l’enfant, parfois le mal-aimé de la fratrie, auquel on trouvera une ressemblance avec un lointain arrière grand-oncle et non pas avec l’ami si prévenant de la mère.

Et si la suspicion se faisait sur la légitimé de l’enfant, elle demeurait dans les histoires de familles, mais n’étaient nullement inscrites sur les actes, si ce n’est parfois par un prénom inhabituel ou par la désignation d’un parrain étrangement ressemblant avec l’enfant…

Une certitude, dans la grande majorité des cas, le secret était de mise.

Lever le voile grâce à l’ADN

Des sondages existent sur les relations adultères, avec des réponses de 3 femmes sur 10 mariées, pour les hommes, 1 sur 2. Il y aurait 4 enfants sur 10 illégitimes, ou sur 100 ou sur 1000. Des sondages actuels, où on peut se séparer ou avorter, sont-ils fiables ? Et de toute manière, va-t-on dire la vérité à ce genre de questions ? On a vu les résultats des derniers sondages et leur fiabilité.

Et ces sondages peuvent-ils être surtout représentatifs des secrets de la vie des couples des siècles précédents ? En nous mettant à leur place, en toute honnêteté, dans le contexte, bien sûr que non.

Cependant, un témoin silencieux et bien présent est conservé dans nos corps, au plus profond de nos cellules. Votre ADN est celui de vos ancêtres biologiques et pas celui de vos ancêtre déclarés.

La première façon, la plus simple, de le réaliser consistera à vous découvrir des cousins génétiques inconnus. En souhaitant retrouver l’ancêtre commun, vous comparerez vos arbres généalogiques, sans retrouver aucun nom en commun…

Votre première réaction sera de douter de la fiabilité du test génétique, venant à l’encontre de vos certitudes. Alors, vous ferez le test génétique dans un second laboratoire, jusqu’à vous résoudre à la réalité, un de vos ancêtres n’est pas votre ancêtre… un ou plusieurs ancêtres peut-être même.

Un de vos ancêtres peut aussi être l’ancêtre non-déclaré d’une autre branche familiale jusque là inconnue, et jamais déclarée officiellement. Vous vous découvrirez d’arrières petit-cousins inconnus.

Il vous faudra alors mettre votre habit de détective génétique pour soulever le voile du secret, et découvrir le véritable géniteur et votre véritable ancêtre. Autant de secrets de famille, dissous avec le temps, pouvant resurgir de façon inattendue grâce à votre ADN.

Pour cela, il vous faudra bien connaître le mécanisme de transmission des gènes pour pouvoir effectuer et faire effectuer les tests génétiques les plus adaptés. Et vous découvrirez enfin la vérité, retraçant la véritable histoire de vos ancêtres.

Rien ne vaut un exemple bien concret, même si il ne s’agit pas dans ce cas d’un enfant illégitime, mais l’exemple permet de découvrir la méthodologie pour découvrir la vérité entre généalogie déclarative et généalogie génétique. Voici donc l’histoire d’une découverte génétique familiale.