Après le maintien de l’interdiction des tests ADN à des fins de généalogie en France, Filae et Geneanet, les deux principaux acteurs français de la généalogie, semblaient être exclus de ce marché génétique. Quelle ne fut pas la surprise générale en recevant un e-mail de Geneanet pour participer au lancement en bêta-test de leur plateforme génétique. Analyse de la démarche de Geneanet pour la généalogie génétique.

La démarche juridique française

Première question à Christophe Becker, directeur général de Geneanet, comment une société française peut-elle se lancer dans les tests de généalogie génétique interdits en France ?

Geneanet ADN, comment televerser le fichier ADN d'un laboratoire étranger

Geneanet ADN, comment televerser le fichier ADN d’un laboratoire étranger

Et tout se trouve dans la nuance. Geneanet ne vend pas de test génétique, et n’en vendra pas, du moins tant que la loi française l’interdira. La société a décidé d’offrir un service gratuit supplémentaire à ses utilisateurs. Ceux ayant déjà effectué un test de généalogie génétique à dans des laboratoires étrangers peuvent télécharger leurs données génétiques appelées « données brutes » sur le site de Geneanet, dans la rubrique ADN.

Christophe Becker l’assure, l’équipe de juristes consultés par Geneanet le garantissent, dans la mesure où Geneanet n’offre qu’une prestation de services de comparaison des données génétiques des utilisateurs, sur un serveur situé en Union européenne, la législation restrictive française ne peut pas s’appliquer.

MyHeritage en attaquant le marché européen et français depuis 3 ans a changé la donne. Cette start-up étrangère vend des tests génétiques, mais surtout un abonnement semestriel ou annuel à leurs services généalogiques, les mêmes services généalogiques proposés par Filae et Geneanet ! Les deux sociétés françaises se retrouvent face à une situation de concurrence quasi-déloyale.

Pour répondre à la demande de leurs utilisateurs, Geneanet se devait de proposer les mêmes services. Geneanet n’avait pas le choix.

Bêta test, un service de généalogie génétique a minima

Geneanet ADN en beta test, liste des "matches"

Geneanet ADN en beta test, liste des « matches »

En bêta test signifie bien que le service est en cours de développement. Vous allez donc être forcément déçu par rapport aux résultats obtenus dans les laboratoires de généalogie génétique étrangers déjà rodés et opérationnels depuis de nombreuses années.

L’objectif de Geneanet est de déployer au fur et à mesure les fonctionnalités. Pour l’instant, les seules disponibles sont la liste de vos cousins génétiques, avec le pourcentage d’ADN partagé, et le(s) lien(s) familial(aux) possibles.

Christophe Becker le rappelle, c’est un nouveau domaine, de nouveaux outils, de la puissance de calcul pour comparer immédiatement tous les nouveaux profils ajoutés à ceux existants pour améliorer les résultats. Jonathan, bio informaticien précédemment à l’Institut Pasteur, les a rejoint pour apporter ces compétences indispensables.

Dans les tiroirs du développement, améliorer le croisement des données, informer sur le nombre de segments communs avec les matchs et le segment le plus long, les haplogroupes et bien sûr, les origines géographiques.

Pour nous, français, frustrés par les résultats des origines ethniques sur les régions françaises, voici un projet attendu avec impatience !

Petit à petit, pour l’instant, les données sont téléchargées au fur et à mesure, et Christophe Becker d’être surpris. L’information a franchi les frontières, il pensait recevoir en grande majorité les données brutes des français. Et cela représente bien 50 % des données reçues, viennent ensuite dans l’ordre les États-Unis , le Canada, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Australie, la Suède, la Belgique, l’Espagne et les Pays-Bas. Des statistiques amenées à varier et changer au fur et à mesure des téléchargements.

Les atouts de Geneanet ADN

Geneanet met en avant la protection des données : pas d’utilisation autre que celle de généalogie génétique, pas de location ou de vente des données génétiques, rien d’autre qu’un service gratuit supplémentaire proposé, lié à la généalogie génétique.

Geneanet le rappelle dans leur article consacré au lancement du service : C’est un site basé en Europe qui respecte le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD). Cette réglementation interdit en particulier à Geneanet de faire un autre usage que celui pour lequel l’utilisateur a consenti. Comme pour les arbres, vous restez propriétaire de vos données et pouvez les retirer à tout moment.

Mention indispensable pour Geneanet, société française, mais ne changeant presque rien pour nous utilisateurs. Dans la mesure où nous avons effectué un test génétique dans un laboratoire étranger, sans garantie et encadrement de la loi française de ces données utilisées à l’étranger, nous avons déjà potentiellement mis en danger nos données génétiques. Nous aurions besoin d’avoir la garantie de la protection des données sur les tests génétiques eux-mêmes, toujours interdits par la loi française.

Le vrai apport potentiel de Geneanet ADN

Quel généalogiste génétique n’a pas été déçu à ses débuts, face aux promesses alléchantes des laboratoires de généalogie génétique étrangers de facilement reconstruire son arbre familial grâce à l’ADN.

Avec un peu de salive, nous sommes censés reconstruire en un clic notre arbre généalogique. Or en généalogie génétique, tout fonctionne par comparaison, comparaison de votre ADN avec celui de vos cousins génétiques, et surtout comparaison des arbres généalogiques. Sans arbre généalogique de votre cousin génétique, vous ne pouvez rien faire, rien.

Et voici un de nos plus gros écueils, la majorité des personnes ayant fait un test génétique, et potentiellement détenteurs d’informations précieuses, n’ont pas fait leur arbre généalogique, ne connaissent pas leur histoire familiale, ne répondent pas aux emails (on estime le taux de réponse entre 10 et 30 % selon les laboratoires). On envoie un message, auquel le cousin génétique dans la majorité des cas ne répondra pas, ou répondra deux ans après (vécu !) pour vous dire qu’il ne connaît rien de son histoire familiale.

Voilà l’atout majeur de Geneanet, un réseau de généalogistes européens passionnés ayant reconstruit leur arbre généalogique direct mais aussi bien souvent des collatéraux. Un atout qualitatif intéressant nos cousins génétiques européens, avec qui nous partageons des connections familiales. Grâce aux archives numérisées gratuites, grâce à la qualité de nos archives nous permettant de remonter facilement jusqu’au 17e siècle (l’administratif a du bon), grâce à tous les autres documents (cadastres, testaments, monographies familiales, etc), grâce à cette richesse documentaire, nous pouvons aider nos cousins génétiques européens moins heureux avec leurs propres archives.

Geneanet mise donc sur la qualité de leurs données en ligne pour se distinguer des concurrents déjà bien installés.

Nous pouvons accéder à l’arbre du cousin génétique, et en étant membre Premium, nous pouvons utiliser un outil déjà existant de comparaison automatique des arbres généalogiques pour identifier les ancêtres génétiques communs.

Quid de l’avenir ?

Je ne peux donc que recommander le transfert de nos données génétiques, afin d’améliorer les bases génétiques de Geneanet. Dans un cercle vertueux où, grâce à ces données, Geneanet pourra améliorer ses résultats, affiner ses techniques et fonctionnalités dont nous bénéficierons. Alors, certes, cela est frustrant pour nous en comparaison des autres services offerts par les concurrents, mais il s’agit d’un service gratuit respectueux de l’utilisation de nos données génétiques.

A suivre…